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.. Beauvoir in love

Couverture du livre Beauvoir in love

Auteur : Irène Frain

Date de saisie : 21/01/2015

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, France

Prix : 20.00 €

ISBN : 978-2-7499-1741-2

GENCOD : 9782749917412

Sorti le : 18/10/2012

Ce livre d'Irène Frain relate de façon romancée l'histoire d'amour passionnée et impossible entre Simone de Beauvoir et l'écrivain américain Nelson Algren, qu'elle rencontra à Chicago en 1947 lors d'une tournée aux États-Unis pour des conférences sur l'existentialisme.
Après un travail d'enquête minutieux dans des archives inédites, des photos d'époque, des récits de témoins, mais aussi et surtout dans les lettres de Simone de Beauvoir ainsi que dans le journal intime qu'elle a tenu avec Algren, l'auteure nous restitue cet épisode que Beauvoir a évoqué de façon cryptée dans certains de ses livres.
Liaison passionnée mais aussi liaison tumultueuse, aux multiples ruptures, où Beauvoir se débattait avec les deux facettes de sa personnalité : femme amoureuse et femme écrivain, la première à connaître une reconnaissance internationale. C'est notamment grâce à l'influence d'Algren, que Beauvoir rédigea son oeuvre majeure «Le deuxième sexe».
Le style légèrement insolent d'Irène Frain convient à merveille pour nous faire découvrir l'icône de la littérature française sous un nouveau jour, terriblement humain.


  • Les présentations des éditeurs : 01/12/2012

1947. Rencontre improbable. À Chicago, Simone de Beauvoir, icône de l'Existentialisme et compagne de Jean-Paul Sartre, fait la connaissance de Nelson Algren, l'écrivain des damnés de l'Amérique. Dès le premier échange, c'est le choc. Dès le deuxième rendez-vous, la passion.

«Nelson en oublia sa part d'ombre. Et Simone, le froid de l'âme où elle avait vécu jusque-là.»

Puis vinrent les tourments. L'emprise de Sartre, les pièges du succès pour l'un, de la gloire pour l'autre, le désir vacillant sous le poids des contingences. Mais ils auront beau se déchirer pour trouver le courage de rompre jusqu'à la mort ils se hanteront mutuellement.

S'appuyant sur leurs oeuvres respectives, sur des archives souvent inédites, des photos d'époque et des récits de témoins, Irène Frain raconte de façon unique l'histoire d'amour impossible entre la figure de proue de la libération des femmes et le mauvais garçon de la littérature américaine.

Irène Frain est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont le célèbre Nabab (Lattès, 1994), Devi (Fayard, 1993), L'Inimitable (Fayard, 1998) et Les Hommes, etc. (Fayard, 2003).


  • Les courts extraits de livres : 01/12/2012

Extrait de l'avant-propos

«Il m'arrive quelque chose - qu'est-ce qui m'arrive ?»

Cette phrase sort d'un rêve. Celui que fît Simone de Beauvoir à New York, dans sa chambre de l'hôtel Lincoln, à l'aube du dimanche 26 janvier 1947, quelques heures après son arrivée aux États-Unis.
Elle ne parvint jamais à se rappeler ce que racontait ce rêve. Il n'en resta que cette phrase. Et au Lincoln, ce jour-là, en dépit de tous ses efforts, elle ne parvint pas à discerner ce qu'elle signifiait. Cependant, la phrase l'impressionna assez pour qu'elle en fasse mention presque aussitôt dans une de ces missives mi-lettre d'amour, mi-rapport qu'elle adressait à cette époque à Sartre - quand ils étaient séparés, elle lui relatait par écrit ses moindres faits, gestes et pensées.
Le rêve se répéta toutes les nuits suivantes, jusqu'au jeudi, sans qu'elle pût en retenir autre chose que cette angoissante interrogation. Simone de Beauvoir, de plus en plus troublée, en reparla donc dans ses courriers à Sartre.
Mieux : dix-huit mois plus tard, elle fit de cette phrase, à peine modifiée, l'ouverture de l'ouvrage qu'elle publia sur ses voyages en Amérique.
Ses voyages, et non son voyage. En effet, entre le songe du 26 janvier 1947 et la publication de ce livre, elle revint trois fois aux États-Unis. Et pour cause : très exactement vingt-sept jours après son rêve, elle avait fait la connaissance d'un homme dont elle était tombée éperdument amoureuse. De son propre aveu, il fut la seule passion de sa vie. C'était aussi un écrivain. Il s'appelait Nelson Algren et habitait Chicago. Lui aussi s'éprit d'elle avec la même passion.

L'insistance de Simone de Beauvoir à rappeler ce rêve, l'étrange «voix muette» qui lui avait parlé et la prédiction - car ensuite, elle parla expressément de voix et d'annonce - m'ont convaincue qu'elle n'avait jamais considéré comme une simple anecdote sa liaison avec Nelson Algren, l'être le moins destiné à la rencontrer. Même si elle ne le criait pas sur tous les toits, elle en était parfaitement consciente : sans lui, elle n'aurait jamais eu l'énergie de s'atteler à son oeuvre majeure, l'un des livres les plus importants du XXe siècle, puisqu'il révolutionna la vie des femmes et, par là même, celle des hommes : Le Deuxième Sexe.
Les courriers qu'elle adressa à Sartre dans le vif des événements regorgent de détails sur les circonstances qui entourèrent cette liaison - les lieux, les dates y sont très souvent et fidèlement reproduits, les heures aussi, parfois à la minute près. En les croisant avec les innombrables notations qu'elle consigna, toujours sur le vif, dans les centaines de lettres qu'elle envoya à Nelson Algren, on possède sur leur histoire un puzzle d'informations d'une extraordinaire précision. Une fois ces fragments de vie récoltés, on peut les confronter aux récits des témoins de l'affaire, puis aux confidences que Simone de Beauvoir elle-même consentit au soir de sa vie. Enfin les Mémoires du «Castor», comme l'appelaient ses amis, ainsi que ses romans, contiennent des évocations, parfois très fournies, de ces années de folie amoureuse.


  • Le courrier des auteurs : 01/12/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Irène FRAIN, amoureuse des livres, des librairies et des bibliothèques, privées ou publiques. Une femme qui, de loin en loin, après avoir longtemps porté la bonne parole de la littérature dans des collèges, lycées et universités, en écrit, de ces livres. Notamment des romans.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La passion de Simone de Beauvoir pour le romancier américain Nelson Algren, la période la plus extraordinaire de sa vie, entre 1947 et 1950. Et la passion de Nelson Algren pour Simone, ce qui fut pour lui aussi la période la plus extraordinaire de sa vie. La parité !

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
" L'éternité dura trois jours". Je ne sais pas comment elle m'est venue ; elle s'est en tout cas imposée à moi pour signifier la dilatation du temps qu'on ressent quand on est au pic de l'émotion amoureuse partagée, de ces instants magiques qui vous poursuivent jusqu'au dernier souffle...

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Pour l'ensemble du livre, un vieux blues de La Nouvelle-Orléans que Nelson et Simone adoraient, et que Nelson se repassa en boucle sur son électrophone en 1956, lorsqu'il s'enfonça dans la dépression après avoir rompu avec elle : " The House of The Rising Sun" (La Maison du Soleil Levant, adapté en français sous le titre " Le Pénitencier") Nelson s'identifiait complètement au loser qui est le héros de cette chanson.
Nelson et Simone écoutaient aussi ensemble sur l'électrophone de Wabansia (là où se trouvait à Chicago le studio de Nelson) : " Lili Marlen" par Marlene Dietrich. Et toutes sortes de blues de Chicago !

Ne pas oublier non plus que Simone adorait Piaf, et notamment " La vie en rose" - oui ! La chanson a triomphé l'année de son coup de foudre pour Nelson.

Pour l'arrivée de Simone à New York (Chapitre 1, "Juste avant", il faudrait idéalement la lire avec du Gershwin (Rhapsody in blue).

Pour le chapitre 4 et la première nuit des deux amants à Wabansia - le quartier pourri de Chicago où habitait Nelson - on peut écouter West Side Story de Leonard Bernstein : les émois amoureux de Simone et Nelson furent, malgré leur âge, 39 et 40 ans, ceux de deux adolescents paumés; et leur histoire est celle d'un amour impossible.

Enfin quand ils vivent ensemble à Paris pendant le printemps et l'été 49, on peut écouter des chansons d'époque d'Yves Montand : Simone a emmené Nelson à un de ses concerts à l'ABC et Nelson a adoré ! Il en parlait encore des années plus tard !
Écoutez donc : C'est si bon, Clopin-clopant, À Paris, Les cireurs de souliers de Broadway, Les enfants qui s'aiment.
Les Feuilles mortes accompagneront parfaitement le dernier chapitre de mon livre ("Dans toutes les larmes s'attardent un espoir ") Cette chanson transporte l'émotion même que j'ai éprouvée au bord du lac Michigan quand j'ai retrouvée, intacte, la maison et le jardin des deux amants.

Et pour les ultimes pages du livre, évidemment : " Il n'y a plus d'après à Saint Germain des Prés" de Greco.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Je souhaite qu'ils retrouvent les émotions qu'ils ont eues quand ils sont tombés amoureux. Et qu'ils aient envie de retomber amoureux.
En somme, je rêve qu'ils ne se rendent pas compte qu'ils lisent ce livre, mais qu'ils VIVENT ce livre...

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Je peux écrire n'importe où, je n'ai pas de rituels, je dois seulement m'être nourrie correctement et légèrement, faire de l'exercice (gym et vélo) régulièrement pour garder la forme (mens sana in corpore sano...) et dormir. Les livres s'écrivent beaucoup dans le sommeil, cet abandon aux rêves m'est essentielle. Je n'ai pas cessé de rêver de Simone et Nelson pendant toute l'écriture de ce livre (six mois de documentation, six mois d'écriture, deux mois de peaufinage) Et j'étais réveillée sans mettre d'alarme à 4 ou 5 heures du matin. Preuve que Nelson et Simone m'habitaient ! Je pouvais écrire 6 heures d'affilée le matin (oui !) et quatre heures l'après-midi. Après j'étais KO, bonne à rien sauf vélo ou gym, et petits plats sympa pour garder le moral car je vivais comme une recluse ! Et pas de musique de fond. Ma musique intérieure et celle des mots me suffisent. Ou alors celle de la pluie...

7) Comment vous vient l'inspiration ?
C'est Elsa Lafon qui m'a proposé ce sujet. Je suis tout de suite tombée amoureuse de lui. Il y avait une interrogation très ancienne en moi à propos de Simone, mais aussi à propos de Nelson : qui était ce type ? Un simple amoureux transi, comme on disait - enfin, comme Simone l'avait dit dans les années 60 ? Je n'arrivais pas à le croire. Je crois avoir eu raison : c'est un homme très attachant, plutôt foutraque mais passionné, et un écrivain de premier plan.

J'étais aussi intriguée par l'histoire de sa photo nue de Simone. Je soupçonnais qu'il y avait une autre histoire en-dessous de l'histoire officielle.
En me renseignant, j'ai appris que les archives de Nelson étaient conservées à Columbus, dans l'Ohio. J'ai alors dit : " OK, on y va." J'avais repéré dans le catalogue de ces archives l'existence d'un carnet de voyage qu'ils avaient écrit à deux, et d'innombrables photos. Je voulais les voir. Les toucher. Pas seulement pour les étudier de façon rationnelle. L'intelligence intuitive se met aussi en oeuvre quand on touche le document et c'est capital. Ce carnet s'est avéré être une pièce maîtresse de mon enquête.
Mais avant d'aller à Columbus, j'ai relu tout Simone de Beauvoir et tout Nelson Algren. Dans les lettres que Simone adressa à Nelson, j'ai aussi repéré nombre de points que je voulais éclaircir sur place. (L'hôtel où s'est déroulé le coup de foudre, le quartier des amours de Simone et Nelson, et divers lieux à Chicago, la maison du lac où s'était déroulée la rupture, etc). Je voulais voir en somme ce qu'ils avaient vu, m'incorporer les lieux, au sens propre du terme).
A Chicago, j'ai aussi retrouvé le photographe, Art Shay, 90 ans, qui avait fait la photo nue de Simone. Je l'ai interviewé. Et là, révélations... !

Cependant, et j'insiste sur ce point, une fois qu'on a fait ce travail que je qualifierais d" oeuvre de la curiosité", il faut oublier la documentation. C'est très bien de constituer des dossiers, de prendre des films et des photos, mais ensuite, c'est la sensibilité, l'univers propre de l'écrivain, sa "caisse de résonance intérieure" comme je l'appelle, qui va être à l'action dans l'écriture.
Et là, honnêtement, je ne sais pas ce qui se passe. Je sais simplement, et très vaguement, où ça se passe : dans les rêves que je fais la nuit et dont je me souviens à peine quand je me réveille...

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Je viens d'une famille d'ouvriers pauvres. Des Bretons, un pays où on respecte beaucoup le savoir et les livres. Il y en avait à la maison; et j'ai eu ma "carte de bibliothèque" à 7 ans. Ma mère lisait sans cesse et mes soeurs aussi, tout ce qui leur tombait sous la main, du " Petit Écho de la Mode" aux romans de Colette et de Huxley. J'ai lu parce que j'ai vu lire.
Je me souviens qu'enfant, vers 9/10 ans j'ai eu la tentation d'écrire un "Club des Cinq", mais j'ai trouvé ça très ardu et j'ai abandonné au bout de cinq pages. Et puis je craignais que mes soeurs ne se fichent de moi.
J'étais excellente en français à l'école. Pour ma famille, cela me destinait à devenir prof, c'était le rêve de tous les parents de mon milieu, à l'époque. Je n'imaginais pas faire autre chose car nous vivions à la dure, il fallait à tout prix avoir un métier sûr, on appelait ça en Bretagne " bara zur" - le pain assuré.
Un jour, tout de même, à 13 ans, je crois, j'ai écrit une nouvelle sur la grande panne d'électricité de New York et j'ai montré çà à une copine qui a trouvé ça excellent. Mais ce fut à nouveau la même chose, la peur que mes soeurs se fichent de moi si elles tombaient dessus. Je me suis sortie de cette terreur en racontant à haute voix des histoires à des amies et en leur écrivant des lettres dès qu'on était en vacances (on n'avait pas le téléphone dans nos milieux en Bretagne) J'ai donc commencé comme épistolière ! La mère d'une amie a remarqué mes lettres et a alors prédit : " Cette fille-là finira écrivain". Pour moi, en fait, écrire fut un commencement ! Je m'étais enfin affranchie de la terreur du jugement de ma famille !

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Alice au Pays des Merveilles. Je le rouvre au moins une fois par an. Et Proust à 16 ans, grâce à une prof. J'ai tout de suite saisi que le tissu du roman, c'était le Temps. J'adore jouer avec ce tissu quand j'écris. Ma mère était couturière ; je me définirais, moi, comme une couturière du Temps. Ce qui nous ramène à la question 1 !

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
A faire oublier, l'espace de quelques heures, le Temps, justement. Et à éclairer, même faiblement, même fugitivement, l'énigme de nos vies. Et parfois aussi à faire rire ! Vous allez voir, Beauvoir in love, assez souvent, c'est très drôle !

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
J'ai très peur d'entrer dans les librairies quand je publie un livre. Tant de livres ; le mien, de quel droit ? J'ai honte, envie de me cacher sous la moquette, je me dis : de quoi j'ai l'air ? Je préfère de loin les périodes où j'écris et où je peux y aller pour acheter les livres des autres écrivains !
Mais j'adore discuter avec les libraires. Ce sont eux qui connaissent le mieux les lecteurs et c'est fou ce que j'apprends à leur contact. Quand je fais des signatures, j'aime aussi observer ce qui se passe entre les rayonnages, comment la librairie est fichue, comment circulent les clients, leurs gestes d'impulsion, leurs indifférences, leurs curiosités, leurs désirs... C'est absolument passionnant, j'ai alors la sensation que le livre est un être vivant...Ce qu'il est sans doute ! Que c'est beau, un livre qui sort de la librairie dans le petit sachet du libraire ! Du rêve qui se balade et ne va plus cesser de circuler, de se balader dans l'océan de la vie, d'y apporter de l'oxygène...


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