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.. Rien ne s'oppose à la nuit

Couverture du livre Rien ne s'oppose à la nuit

Auteur : Delphine de Vigan

Date de saisie : 13/02/2013

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : LGF, Paris, France

Collection : Le Livre de poche, n° 32835

Prix : 7.60 €

ISBN : 978-2-253-16426-5

GENCOD : 9782253164265

Sorti le : 30/01/2013

  • Les présentations des éditeurs : 16/02/2013

Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.
Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.

D. de V.

Il fallait oser pour s'attaquer à un sujet déjà investi par les plus grands écrivains : le livre de ma mère. Et, pourtant, Delphine de Vigan a apporté sa touche originale, en plus de son talent à maîtriser un récit. [...] Ce roman intrigue, hypnotise, bouleverse. Il interroge, aussi.
Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire.

Malédiction familiale en même temps que questionnement passionnant sur les rapports entre l'écriture et la vie, [un] livre éblouissant.
Olivia de Lamberterie, Elle.

Prix Renaudot des lycéens 2011 Prix roman France Télévisions 2011 Grand prix des lectrices de Elle 2012


  • Les courts extraits de livres : 16/02/2013

Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Les mains comme tachées d'encre, au pli des phalanges.
Ma mère était morte depuis plusieurs jours.
J'ignore combien de secondes voire de minutes il me fallut pour le comprendre, malgré l'évidence de la situation (ma mère était allongée sur son lit et ne répondait à aucune sollicitation), un temps très long, maladroit et fébrile, jusqu'au cri qui est sorti de mes poumons, comme après plusieurs minutes d'apnée. Encore aujourd'hui, plus de deux ans après, cela reste pour moi un mystère, par quel mécanisme mon cerveau a-t-il pu tenir si loin de lui la perception du corps de ma mère, et surtout de son odeur, comment a-t-il pu mettre tant de temps à accepter l'information qui gisait devant lui ? Ce n'est pas la seule interrogation que sa mort m'a laissée.

Quatre ou cinq semaines plus tard, dans un état d'hébétude d'une rare opacité, je recevais le prix des Libraires pour un roman dont l'un des personnages était une mère murée et retirée de tout qui, après des années de silence, retrouvait l'usage des mots. A la mienne j'avais donné le livre avant sa parution, fière sans doute d'être venue à bout d'un nouveau roman, consciente cependant, même à travers la fiction, d'agiter le couteau dans la plaie.
Je n'ai aucun souvenir du lieu où se passait la remise du prix, ni de la cérémonie elle-même. La terreur je crois ne m'avait pas quittée ; je souriais pourtant. Quelques années plus tôt, au père de mes enfants qui me reprochait d'être dans la fuite en avant (il évoquait cette capacité exaspérante à faire bonne figure en toute circonstance), j'avais répondu pompeusement que j'étais dans la vie.
Je souriais aussi au dîner qui fut donné en mon honneur, ma seule préoccupation étant de tenir debout, puis assise, de ne pas m'effondrer d'un seul coup dans mon assiette, dans un mouvement de plongeon similaire à celui qui m'avait projetée, à l'âge de douze ans, la tête la première dans une piscine vide. Je me souviens de la dimension physique, voire athlétique, que revêtait cet effort, tenir, oui, même si personne n'était dupe. Il me semblait qu'il valait mieux contenir le chagrin, le ficeler, l'étouffer, le faire taire, jusqu'au moment où enfin je me retrouverais seule, plutôt que me laisser aller à ce qui n'aurait pu être qu'un long hurlement ou, pire encore, un râle, et m'eût sans aucun doute plaquée au sol. Au cours des derniers mois les événements qui me concernaient s'étaient singulièrement précipités, et la vie, cette fois encore, fixait la barre trop haut. Ainsi, me semblait-il, le temps de la chute, n'y avait-il rien d'autre à faire que bonne figure, ou bien faire face (quitte à faire semblant).


  • Le courrier des auteurs : 16/02/2013

«Le choix des mots» par Jean Pruvost, grand amoureux des mots...

Delphine de Vigan

Rien ne s'oppose à la nuit. Rien, du latin res, rem, c'est-à-dire «quelque chose», c'est le tout premier sens du mot... Et Delphine de Vigan d'en «rendre compte» intensément, selon une formule souvent sienne. Quelque chose s'oppose en effet à la nuit : la «lumière secrète venue du Noir». Ce sont là les derniers mots de Pierre Soulages, juste avant que ne commence le roman. Soulages que Delphine de Vigan a spontanément élu pour ouvrir son ouvrage tout en noir et lumineux, consacré à sa mère : Lucile.
Il n'y a pas de hasard, Lucile vient du latin lucilis, la lumière. Personne n'en doute, avec la première de couverture de Rien ne s'oppose à la nuit. Elle est là, Lucile, la lumière sur le front, lumineuse, émergeant dans le noir, une cigarette à la main. Lucile-Delphine, «mélange de beauté et d'absence». Elle «captait tout», comme le noir qui absorbe le rayonnement reçu, expliquent les physiciens. Alors, aux peintres et à Baschung de savoir que la nuit, noire, distille aussi sa lumière. Et puis au bout de chaque nuit revient le jour, d'abord gris, comme la quatrième de couverture.
Une «démarche intime, parfois aveugle», s'interroge la romancière, à la manière de Baschung avec ses lunettes noires, voilà qui oblige à oser, oser, «explorer», dit Delphine. Deux préfixes «s'opposent», et se complètent, dès que la fille de Lucile réfléchit sur sa démarche : dés-enchantement, dé-sillusion, puis re-construction, re-constitution, comme l'instant, le fragment, les heures souterraines et la nuit re-colorés. C'est son mot pour les souvenirs.
Le rêve de Lucile, c'était d'être invisible, le noir s'y prête, mais pas la lumière ; le rêve de Delphine est de «s'empêcher de penser», mais il y a l'écriture et la rencontre. Lou Delvig, son pseudonyme pour le premier roman Jour sans faim, écrivait le soir. Delphine (Del...) de Vigan (Vig) écrit désormais le matin. Rien ne peut s'opposer à la lecture de Delphine de Vigan. Soir et matin. Et même la nuit.


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