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.. Les événements

Couverture du livre Les événements

Auteur : Jean Rolin

Date de saisie : 27/05/2015

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : POL, Paris, France

Collection : Fiction

Prix : 15.00 €

ISBN : 9782818021750

GENCOD : 9782818021750

Sorti le : 31/12/2014

  • Les présentations des éditeurs : 16/12/2014

Les Événements est le récit d'une traversée de la France dans le contexte d'une guerre civile dont les enjeux, pas plus que les causes, ne seront précisés. Il ne s'agit aucunement, en effet, d'un ouvrage de prospective ou de politique-fiction, mais d'une tentative de description d'un pays «normal» (comme son actuel président), soudainement confronté à la violence, à la destruction, à la pénurie, et plus généralement à une perturbation massive de ses habitudes et de son mode de vie. De telles choses arrivent, y compris dans le contexte de pays européens et relativement «développés» : elles se sont produites il y a une vingtaine d'années dans l'ex-Yougoslavie, elles se produisent de nos jours en Ukraine.
C'est surtout aux traces de ces changements dans le paysage, urbain ou rural, que s'attache le récit, fait alternativement à la première personne par «le narrateur» - celui qui traverse la France, d'abord au volant d'une voiture menaçant ruine, puis, pour finir, à pied - et à la troisième personne par un commentateur non-identifié des tribulations du précédent.
Cette traversée de la France, de Paris à Port-de-Bouc via la Beauce, la Sologne et l'Auvergne, se déroule entre la fin de l'hiver et le solstice d'été : car s'il s'agit, à certains égards, d'un récit de guerre (d'ailleurs plutôt burlesque que tragique), il s'agit aussi d'une description des variations qu'entraîne dans le paysage le cycle des saisons.

Né en 1949 à Boulogne-Billancourt, Jean Rolin a passé son enfance entre la Bretagne et le Sénégal. Son oeuvre, qui se construit ici et ailleurs, fait alterner romans et récits. Il a publié une vingtaine d'ouvrages, dont L'Organisation (Gallimard, prix Médicis 1996), L'Explosion de la durite (2007) et Un chien mort après lui (2009), tous deux chez POL.



  • La revue de presse Grégoire Leménager - L'Obs du 22 janvier 2015

Dans «les Événements» contés par Rolin, on y est d'emblée, dans la guerre civile. Paris ressemble à un champ de bataille, avec «voitures détruites», «militaires en treillis» et «barrage filtrant en travers du boulevard Saint-Michel». Le narrateur, lui, doit remettre un colis au chef d'une milice nationaliste. Il fuit vers le sud au volant d'une vieille «Toyota assez moche» (une première chez Jean Rolin, qui n'a pas plus le permis de conduire que ses personnages habituels). Son épopée, qui réussit le tour de force d'être aussi flippante que burlesque, le conduit à traverser le chaos...
Aucun topo didactique pour nous éclairer sur le hors-champ, aucun scénario de politique-fiction élaboré comme chez Houellebecq. Au contraire, un principe d'incertitude généralisé, qui guide l'écriture à chacun de ses niveaux. C'est sa limite, diront ceux qui pensent encore que tout peut et doit s'expliquer en ce bas-monde. C'est en fait là que Rolin est très fort, là qu'il montre comme le réel sait être absurde, là qu'il offre une expérience de lecture unique. On voit, on sent, on touche tout ce que son personnage, dépassé par les événements, voit, sent, touche. Et on n'y comprend rien, comme dans toute guerre civile digne de ce nom.


  • La revue de presse Emmanuel Hecht - L'Express, janvier 2015

Jean Rolin déroule la trame ténue des Evénements dans une France à feu et à sang. À coup sûr, le roman le plus drôle et le plus tragique de la rentrée. Le roman de Jean Rolin démarre comme la scène d'anthologie de Bullitt (1968), le thriller de Peter Yates, où Steve McQueen poursuit en Ford Mustang deux types peu amènes.
es seigneurs de la guerre se partagent le territoire. Les milices sont d'extrême gauche, d'extrême droite, ou islamiques, à l'image du Hezb, clin d'oeil à l'armée chiite libanaise. Des militaires en treillis occupent la place du Châtelet, à Paris...
L'écriture est précieuse à force de pointillisme et l'understatement est la règle, comme si l'usage d'un ton décent permettait de décrire l'horreur du monde en s'esclaffant. Oui, Les Evénements est le roman le plus drôle et le plus tragique de la rentrée. Grâce à Jean Rolin, ah Dieu, que la guerre civile est jolie !


  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 22 janvier 2015

La réussite de cette nouvelle entreprise romanesque tient précisément à sa manière de dire les « événements »  : en s'attachant à leurs conséquences multiples pour en viser le coeur. Avec au fil du récit des références, des allusions et des clins d'oeil qui renvoient à d'autres guerres, pendant le XXe siècle, donnant tout son relief à ce singulier tableau.


  • La revue de presse Elisabeth Franck-Dumas - Libération du 22 janvier 2015

Peut-on lire le dernier livre de Jean Rolin en faisant abstraction des événements des semaines passées ? Assez facilement, somme toute. Et cela, même si les Evénements, titre lourd de référents et sous-entendus historiques, met en scène une France contemporaine tiraillée par la guerre civile, où deux des nombreuses factions s'affrontant, puis formant une alliance de circonstance, sont les «Zuzus» ou unitaires nationalistes («voire fascisants»), et le «Hezb», parti islamiste dit «modéré»...
Et pourtant, il faudrait le tordre en tous sens, ce livre, et même aujourd'hui, pour le dire annonciateur de quoi que ce soit, tant la prose de Rolin y est, comme à son habitude, tout occupée à décrire les marges, avançant dans une sorte d'apesanteur la détachant de son contexte, alors même que ses phrases s'attachent à décrire, avec cette minutie exhaustive qu'on lui connaît, la géographie traversée par son narrateur. Pas un élément de faune ou de flore locale, pas un prunellier en fleurs, pas une note de mésange charbonnière de cette France en guerre ne lui échappe...
Tout est amorti dans les Evénements, y compris l'impact des balles. Le livre semble suspendu entre deux eaux, énonçant un mode d'existence, une manière d'être en guerre (et de s'en détacher) empreinte de mélancolie.


  • La revue de presse Raphaëlle Leyris - Le Monde du 8 janvier 2015

Ceci n'est pas une fable politique ou un roman d'anticipation à vocation ou prétention prophétique. Le lecteur ne saura rien des raisons pour lesquelles la France du proche futur où se situe Les Evénements, de Jean Rolin, a sombré dans la guerre ­civile, opposant nombre de milices et poussant le gouvernement à s'établir sur l'île de Noirmoutier...
Ancien grand reporter (nombre de ses articles sont réunis dans L'Homme qui a vu l'ours, POL, 2008), qui arpenta tous les conflits de la planète pendant vingt ans et fut très marqué par celui survenu en ex-Yougoslavie, dans un pays si proche, à tous points de vue, de la France, Jean Rolin avait déjà imaginé cette situation de guerre dans la France contemporaine et en avait fait un court texte, «Cherbourg-est/Cherbourg ouest» (Dingos, Patrimoine, 2002). Plus abouti, Les Evénements transpose de la même manière des situations vécues ailleurs dans des endroits qui semblent aussi peu destinés aujourd'hui à abriter des batailles que Chilly-Mazarin, «le confluent de la Chalouette et de la Juine», le Livradois-Forez, la nationale 580... Sa phrase limpide et longue peut en même temps dire la désolation et pointer la burlesque bizarrerie du monde ; elle mélange la mélancolie et l'amère ironie...
Mais si Les Evénements offre un épatant exemple de reportage-fiction, il est, aussi, une méditation inquiète sur l'impermanence des choses.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 7 janvier 2015

La France se déchire et le narrateur tient son journal de guerre. On ne saura pas ce qui l'a conduit là. Mais on le suit dans sa dérive, rêveuse et inspirée...
Mieux vaut le préciser dès maintenant, avant que surgissent les interprétations hâtives : Jean Rolin n'est pas un oracle, un romancier plus ou moins revendiqué prophète ou visionnaire, dont l'anxiété face à un avenir incertain et ressenti comme lourd de menaces sécréterait des fables anticipatrices. Non, Jean Rolin est plutôt du côté des rêveurs. Résolument, depuis longtemps, par nature. De livre en livre, de façon tout ensemble cocasse et hautement mélancolique, c'est toujours sur l'Histoire, le destin individuel et collectif des hommes qu'il médite - sur la Chute, sur les ruines, sur un présent désenchanté, comme effondré et essoré de toute utopie.


  • Les courts extraits de livres : 16/12/2014

C'était un des petits plaisirs ménagés par la guerre, à sa périphérie, que de pouvoir emprunter le boulevard de Sébastopol pied au plancher, à contresens et sur toute sa longueur. En dépit de la vitesse élevée que je parvins à maintenir sans interruption, entre les parages de la gare de l'Est et la place du Châtelet, j'entendais éclater ou crisser sous mes pneus tous les menus débris que les combats avaient éparpillés : verre brisé, matériaux de construction hachés en petits morceaux, branchettes de platane, boîtes de bière ou étuis de munitions. Ici et là se voyaient également quelques voitures détruites, parmi d'autres dégâts plus massifs. Sur le terre-plein central de la place du Châtelet, à côté de la fontaine, des militaires en treillis, mais désarmés, en application des clauses du cessez-le-feu, montaient la garde, ou plutôt allaient et venaient, autour de l'épave calcinée d'un véhicule blindé de transport de troupes. D'autres militaires, qui me firent signe de passer, avaient établi un barrage filtrant en travers du boulevard du Palais, puis, de nouveau, à l'entrée du boulevard Saint-Michel. Plus loin, devant le lycée Saint-Louis, dont le bâtiment principal était éventré sur près de la moitié de sa hauteur, des gravats et du mobilier scolaire étaient amoncelés, à demi consumés et parcourus encore par quelques flammèches. Au niveau du carrefour de Port-Royal - où la guerre n'était représentée que par cette statue du maréchal Ney qui le montre le sabre érigé, coiffé de son bicorne et conduisant une charge virtuelle -, j'ai dû ralentir pour éviter un chien, tout d'abord, puis les deux types qui s'étaient lancés à sa poursuite, et dont l'un, le plus rapproché de l'animal, brandissait ce qui me parut être une broche de rôtissoire.

Cela faisait plusieurs jours que je guettais le moment favorable pour sortir de Paris et m'en éloigner vers le sud. Grâce aux hommes de Brennecke, qui en contrepartie m'avaient chargé d'un colis à lui remettre, et dont je présumais qu'il contenait des médicaments nécessaires à son traitement, je disposais d'assez de carburant pour me rendre au moins jusqu'à Clermont-Ferrand, et peut-être au-delà. Mes papiers étaient en règle, dans la mesure où une telle notion avait encore un sens, et je m'étais procuré dans les ruines d'un supermarché, curieusement ignorées par les pillards, suffisamment de vivres pour tenir une semaine ou deux, même si les emballages de ceux-ci (les vivres) affichaient pour certains une date de péremption largement dépassée. (...)


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