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.. Boussole

Couverture du livre Boussole

Auteur : Mathias Enard

Date de saisie : 06/11/2015

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 21.80 €

ISBN : 9782330053123

GENCOD : 9782330053123

Sorti le : 19/08/2015

  • Les présentations des éditeurs : 22/08/2015

La nuit descend sur Vienne et sur l'appartement où Franz Ritter, musicologue épris d'Orient, cherche en vain le sommeil, dérivant entre songes et souvenirs, mélancolie et fièvre, revisitant sa vie, ses emballements, ses rencontres et ses nombreux séjours loin de l'Autriche - Istanbul, Alep, Damas, Palmyre, Téhéran... -, mais aussi questionnant son amour impossible avec l'idéale et insaisissable Sarah, spécialiste de l'attraction fatale de ce Grand Est sur les aventuriers, les savants, les artistes, les voyageurs occidentaux.
Ainsi se déploie un monde d'explorateurs des arts et de leur histoire, orientalistes modernes animés d'un désir pur de mélanges et de découvertes que l'actualité contemporaine vient gifler. Et le tragique écho de ce fiévreux élan brisé résonne dans l'âme blessée des personnages comme il traverse le livre.
Roman nocturne, enveloppant et musical, tout en érudition généreuse et humour doux-amer, Boussole est un voyage et une déclaration d'admiration, une quête de l'autre en soi et une main tendue - comme un pont jeté entre l'Occident et l'Orient, entre hier et demain, bâti sur l'inventaire amoureux de siècles de fascination, d'influences et de traces sensibles et tenaces, pour tenter d'apaiser les feux du présent.

Mathias Enard est notamment l'auteur de Zone (2008), de Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants (2010) et de Rue des Voleurs (2012), tous parus chez Actes Sud. Boussole est son sixième roman.



  • La revue de presse Jean-Baptiste Harang - Le Magazine Littéraire, août 2015

Franz Ritter nous laisse lire dans ses pensées d'insomniaque, dans ses rêves, ses souvenirs, et même dans ses archives, il est libre, il le fait sans retenue ni exhibitionnisme (il n'a pas de voyeur, seulement des lecteurs éblouis), mais avec une telle tenue intellectuelle, une telle modestie et tant d'humour et d'érudition qu'on s'y sent bien comme dans un livre. Et quel livre ! immarcescible, irréfragable...
La boussole de Mathias Énard, elle aussi, indique l'orient. Et comme une montre de gousset, elle lui parle à l'oreille, lui enseigne toutes ces langues, tous ces destins d'hommes qu'il retrouve à Istanbul, à Damas, à Téhéran, à Alep, à Palmyre. Mathias Énard est-il l'un de ces orientalistes qu'il chérit et moque tout à la fois dans son livre ? Oui, certainement, avec un peu plus de dérision, de compétence et de recul que ces anciens qu'il honore et taquine...
L'érudition qui nourrit la matière du texte n'est pas étouffante, bien au contraire, elle est roborative, et servie avec tant d'humour et tant de justesse romanesque qu'on l'entend comme la musique et la poésie qu'elle décrit...


  • La revue de presse Hubert Artus - Marianne, octobre 2015

C'est une nuit blanche, noire, chaude, dorée, étoilée, glacée, sacrée, éternelle. C'est l'Orient, c'est l'Occident, c'est le roman du temps et du monde...
Livre noir d'une nuit blanche, grand voyage culturel, Boussole prend très rapidement une envergure sidérante, enchâssant les récits pour mieux provoquer l'ivresse du lecteur. Roman pédagogique à la prose voluptueusement défoncée, alternant la mélancolie nervalienne, le chant d'amour sublime et tragique et le livre ultraréférentiel, Boussole ouvre un monde du grand large reliant hier et aujourd'hui, un Orient et un Occident «toujours mêlés, présents l'un dans l'autre».


  • La revue de presse Grégoire Leménager - L'Obs du 17 septembre 2015

Après avoir vécu au Proche-Orient, cet écrivain boulimique signe «Boussole», un roman hanté par les crispations identitaires et la tragédie humaine qui ravage la Syrie....
«Boussole» est une somme imposante, foisonnante et passionnante sur l'orientalisme, un conte des «Mille et Une Nuits» sur les mille et une manières dont l'Orient a «révolutionné l'art, les lettres et la musique». Sept ans après «Zone», homérique monologue ferroviaire qui charriait un siècle de violences, voilà qui tombe à pic dans une rentrée bouleversée par le chaos syrien, ses réfugiés et les crispations identitaires...
Cette connaissance de l'Est aimante «Boussole». Mais c'est bien un roman : la méditation douloureuse et désordonnée d'un musicologue autrichien, une nuit d'insomnie, pendant que les infos rapportent comment «les égorgeurs barbus de l'Etat islamique s'en donnent à coeur joie, tranchent des carotides par-ci, des mains par-là, brûlent des églises et violent des infidèles à loisir.»


  • La revue de presse Laëtitia Favro - Le Journal du Dimanche du 13 septembre 2015

Dans son nouveau livre, Mathias Énard décrit un long voyage intérieur, riche des différences, à travers un pont jeté entre Orient et Occident...
L'errance, qu'il faut ici accepter comme un principe de lecture, devient alors la condition sine qua non de la rencontre avec ces savants, ces musiciens, ces poètes, ces aventuriers, ces écrivains, tous toqués d'exotisme, traits d'union éphémères entre deux mondes voisins, liés, pénétrés de la culture de l'autre. Aussi entêtante que la sonate de Vinteuil, le roman de Mathias Énard renferme une petite phrase mélodique, ténue et puissante à la fois, dont les échos font ressurgir cette conscience d'une seule et même civilisation, celle d'hommes et de femmes en quête désespérée de repères.


  • La revue de presse Eric Neuhoff - Le Figaro du 3 septembre 2015

Récit d'une insomnie, le roman de Mathias Enard est une exploration onirique et éblouissante de l'orientalisme. L'une des grandes réussites de cette rentrée littéraire 2015.


  • La revue de presse Sophie Joubert - L'Humanité du 27 août 2015

Une réflexion sur les liens entre
l'Europe et l'Orient qui ne perd jamais de vue le roman. Comme Proust dans À la recherche du temps perdu, Mathias Énard fait de Boussole un livre nocturne. Un roman-fleuve et insomniaque rythmé par l'écoulement des heures au fil d'une unique nuit...
On se surprend à vérifier si les personnages sont réels ou fictifs, si Balzac a bien inclus des textes en arabe dans un de ses livres  : la force de Mathias Énard est précisément de mêler le vrai et le faux, d'entrelacer toutes les formes littéraires et de tout faire tenir debout. Boussole pourrait se lire en une nuit d'insomnie, au rythme des divagations érudites du narrateur. Dans une rentrée littéraire placée sous le signe du réel, Mathias Énard s'empare magistralement de toutes les libertés qu'offre le roman contemporain.


  • La revue de presse Antoine Perraud - La Croix du 2 septembre 2015

Ce 10e livre de Mathias Énard est une longue prose magnétique qui hypnotise le lecteur sous ses pages érudites...
En démiurge sondant les reins et les songes, Mathias Énard réussit le prodige d'entraîner dans les volutes d'une économie narrative admirable. Le lecteur divague sous son contrôle, au point d'arriver à bon port en ces temps de naufrages et d'asphyxies qui endeuillent le monde, du sud au nord  : la connaissance, par-delà les illusions, du prochain ; à distance et pourtant inséparable, aimé jusqu'en ses discordances...
En 2008, Mathias Énard publiait Zone, chef-d'oeuvre absolu du début de ce XXIe siècle, récapitulant ce qui meut l'Europe criminelle. Zone n'a pas obtenu le Goncourt  : quelques jurés se verraient bien corriger une telle distraction. Boussole leur fournira-t-il l'occasion de rectifier le tir  ?...


  • La revue de presse Raphaëlle Leyris - Le Monde du 3 septembre 2015

Il ne faut pas manquer d'air pour entrer en littérature en proclamant : «Le plus important, c'est le souffle.» Telle était la première phrase du premier roman de Mathias Enard, La Perfection du tir (Actes Sud, 2003). Et depuis, l'écrivain n'a cessé de prouver la véracité de cette maxime, et la centralité du souffle dans son art poétique...
Zone, dont le narrateur se rappelait tous les conflits du bassin méditerranéen advenus au XXe siècle, faisant le compte des victimes et des bourreaux, était un roman de la violence et de la haine. Boussole constitue bien un diptyque avec lui, dans la mesure où il est sa réponse, son antidote, ou voudrait pouvoir l'être : il place en son coeur le goût de l'inconnu, la curiosité pour l'autre...
Boussole, dont chaque page sort le lecteur de lui-même, le confronte à une infinité de sujets et de personnages dont il ignore tout pour les lui rendre proches. Bien sûr, il peut parfois se perdre dans le foisonnement du texte et les méandres des pensées de Franz. Mais il lui suffit d'attendre la phrase suivante pour reprendre son souffle avec lui, et l'accompagner jusqu'au bout de sa nuit.


  • La revue de presse Christophe Ono-dit-Biot - Le Point du 26 août 2015

Boussole, signé Mathias Énard, est en effet un chant d'amour à l'Orient, à cet Orient que nous sommes en train d'oublier et qui a tant fasciné...


  • La revue de presse Christophe Ono-dit-Biot - Le Point du 20 août 2015

Dans un texte plein de méandres, proche de l'inventaire ivre et scintillant, bodybuildé aux références littéraires, scientifiques, géographiques, qui serait le frère oriental de Zone, le flux de conscience de Franz s'épanche, voyage, regrette, espère. «L'existence est un reflet douloureux, un rêve d'opiomane.» De la pâte brune il sera beaucoup question, fumée derrière de lourds rideaux en tissu d'Alep, mais aussi de Gustav Mahler (...) et enfin des Mille et Une Nuits et de La Recherche du temps perdu. Perdu, vraiment ?


  • La revue de presse Gilles Heuré - Télérama du 19 août 2015

L'épopée d'un musicologue à la poursuite de l'Orient et de son influence sur la création européenne. De quoi perdre le nord avec délice...
Une boussole, vraiment ? Ce roman d'une extraordinaire richesse est plutôt un tapis volant : il nous fait voyager dans les textes de tous les pays, nous convie à suivre Flaubert ou Chateaubriand, voyageurs d'Orient, et nous rappelle aussi qu'à Palmyre, des fous détruisent des édifices. Un roman d'amour donc, charnel et passionné par tout ce que la rencontre avec l'Orient peut apporter de poésie et de savoirs.


  • Les courts extraits de livres : 17/07/2015

Nous sommes deux fumeurs d'opium chacun dans son nuage, sans rien voir au-dehors, seuls, sans nous comprendre jamais nous fumons, visages agonisants dans un miroir, nous sommes une image glacée à laquelle le temps donne l'illusion du mouvement, un cristal de neige glissant sur une pelote de givre dont personne ne perçoit la complexité des enchevêtrements, je suis cette goutte d'eau condensée sur la vitre de mon salon, une perle liquide qui roule et ne sait rien de la vapeur qui l'a engendrée, ni des atomes qui la composent encore mais qui, bientôt, serviront à d'autres molécules, à d'autres corps, aux nuages pesant lourd sur Vienne ce soir : qui sait dans quelle nuque ruissellera cette eau, contre quelle peau, sur quel trottoir, vers quelle rivière, et cette face indistincte sur le verre n'est mienne qu'un instant, une des millions de configurations possibles de l'illusion - tiens M. Gruber promène son chien malgré la bruine, il porte un chapeau vert et son éternel imperméable ; il se protège des éclaboussures des voitures en faisant de petits bonds ridicules sur le trottoir : le clébard croit qu'il veut jouer, alors il bondit vers son maître et se prend une bonne baffe au moment où il pose sa patte crasseuse sur l'imper de M. Gruber qui finit malgré tout par se rapprocher de la chaussée pour traverser, sa silhouette est allongée par les réverbères, flaque noircie au milieu des mers d'ombre des grands arbres, déchirées par les phares sur la Porzel-langasse, et Herr Gruber hésite apparemment à s'enfoncer dans la nuit de l'Alsergrund, comme moi à laisser ma contemplation des gouttes d'eau, du thermomètre et du rythme des tramways qui descendent vers Schottentor.
L'existence est un reflet douloureux, un rêve d'opiomane, un poème de Roumi chanté par Shahram Nazeri, l'ostinato du zarb fait légèrement vibrer la vitre sous mes doigts comme la peau de la percussion, je devrais poursuivre ma lecture au lieu de regarder M. Gruber disparaître sous la pluie, au lieu de tendre l'oreille aux mélismes tournoyants du chanteur iranien, dont la puissance et le timbre pourraient faire rougir de honte bien des ténors de chez nous. Je devrais arrêter le disque, impossible de me concentrer; j'ai beau relire ce tiré à part pour la dixième fois je n'en comprends pas le sens mystérieux, vingt pages, vingt pages horribles, glaçantes, qui me parviennent précisément aujourd'hui, aujourd'hui qu'un médecin compatissant a peut-être nommé ma maladie, a déclaré mon corps officiellement malade, presque soulagé d'avoir posé - baiser mortel - un diagnostic sur mes symptômes, un diagnostic qu'il convient de confirmer, tout en commençant un traitement, disait-il, et en suivre l'évolution, l'évolution, voilà, on en est là, contempler une goutte d'eau évoluer vers la disparition avant de se reformer dans le Grand Tout.
Il n'y a pas de hasard, tout est lié, dirait Sarah, pourquoi reçois-je précisément aujourd'hui cet article par la poste, un tiré à part d'autrefois, de papier et d'agrafes, au lieu d'un PDF assorti d'un message souhaitant "bonne réception", un mail qui aurait pu transmettre quelques nouvelles, expliquer où elle se trouve, ce qu'est ce Sarawak d'où elle écrit et qui, d'après mon atlas, est un État de Malaisie situé dans le Nord-Ouest de l'île de Bornéo, à deux pas de Brunei et de son riche sultan, à deux pas aussi des gamelans de Debussy et de Britten, me semble-t-il - mais la teneur de l'article est bien différente ; pas de musique, à part peut-être un long chant funèbre; vingt feuillets denses parus dans le numéro de septembre de Représentations, belle revue de l'université de Californie dans laquelle elle a déjà souvent écrit. L'article porte une brève dédicace sur la page de garde, sans commentaire, Pour toi très cher Franz, je t'embrasse fort, Sarah, et a été posté le 17 novembre, c'est-à-dire il y a deux semaines - il faut encore deux semaines à un courrier pour faire le trajet Malaisie-Autriche, peut-être a-t-elle radiné sur les timbres, elle aurait pu ajouter une carte postale, qu'est-ce que cela signifie, j'ai parcouru toutes les traces d'elle que j'ai dans mon appartement, ses articles, deux livres, quelques photographies, et même une version de sa thèse de doctorat, imprimée et reliée en Skivertex rouge, deux forts volumes de trois kilos chacun :

(...)


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