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.. Imre Kertész : l'histoire de mes morts : essai biographique

Couverture du livre Imre Kertész : l'histoire de mes morts : essai biographique

Auteur : Clara Royer

Date de saisie : 23/02/2017

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Essais littéraires

Prix : 24.00 €

ISBN : 9782330072612

GENCOD : 9782330072612

Sorti le : 04/01/2017

  • Les présentations des éditeurs : 07/02/2017

"Vivre et écrire le même roman" : Imre Kertész vécut l'écriture comme un acte existentiel et personnel, une expérience de transformation qui lui permettait de liquider son passé, créer une oeuvre et différer la mort.
C'est dans la Hongrie communiste, et sous couvert d'une carrière d'auteur de comédies musicales que, dans les années 1960, l'ancien déporté fit de son écriture une activité clandestine à la marge, pour construire l'une des oeuvres majeures du siècle.
Nourri de littérature européenne, cet auteur incontournable déploie une méditation sans compromis sur l'Europe, dont la portée fut reconnue, à partir des années 1990, en Allemagne puis en France.
Avec le prix Nobel, qui lui valut autant de gloire que de souffrances, et la maladie qui l'entrava à la fin de sa vie : Imre Kertész engagea jusqu'au bout une lutte pour l'écriture que Clara Royer met en lumière dans la première biographie en français qui lui soit consacrée.
Fondé sur une vingtaine d'entretiens menés en hongrois par Clara Royer entre 2013 et 2015, jusqu'à ce que la mort frappe Imre Kertész le 31 mars 2016, cet essai biographique utilise aussi des sources totalement inédites : l'écrivain a mis à la disposition de Clara Royer ses documents privés et l'a autorisée à consulter ses archives à l'Académie des arts de Berlin, où elle a eu accès à ses journaux personnels.

Romancière, scénariste et traductrice, Clara Royer est maître de conférences à l'université Paris-Sorbonne et dirige actuellement le Centre français de recherche en sciences sociales (CEFRES), à Prague. Elle s'est fait connaître en 2011 pour son roman Csillag (éditions Pierre-Guillaume de Roux) et en 2015 pour avoir coécrit le scénario du Fils de Saul de László Nemes.



  • La revue de presse Lou Heliot - Le Monde du 23 février 2017

Imre Kertész : «L'histoire de mes morts» est la première biographie française consacrée à l'écrivain hongrois. Avec distance et empathie, Clara Royer, chercheuse et écrivaine, retrace le parcours d'une vie et d'une oeuvre tout entières dédiées à l'écriture de la survie...
Pour écrire cette biographie, Clara Royer a pu rendre de nombreuses visites à Kertész, chez lui, à Budapest. Elle s'est entretenue de longues heures avec l'écrivain, qui a mis à disposition ses archives personnelles, aujourd'hui conservées à l'Académie des arts de Berlin. Le ton du ­livre est empreint de la chaleur de ces conversations répétées mais ne verse jamais dans l'anecdote futile ou le détail sensationnel. Privilégiant au contraire un récit pudique, Clara Royer s'efface pour faire entendre la voix de l'écrivain. Imre Kertész : «L'histoire de mes morts» est ainsi l'ultime témoignage de l'un des phares de la littérature concentrationnaire.


  • La revue de presse - Le Point, février 2017

Comment un survivant d'Auschwitz et de Buchenwald, âgé de 16 ans, devient-il l'un des grands écrivains du siècle, Prix Nobel en 2002 ? C'est à cette lente et passionnante maturation du Hongrois Imre Kertész qu'une jeune Française de 36 ans, Clara Royer, nous convie...
Raconter la vie pour mieux éclairer une oeuvre à (re)découvrir, où cet homme s'était tout entier recréé : le défi était de taille. Il est relevé avec fièvre, empathie et intelligence.


  • Les courts extraits de livres : 11/01/2017

Extrait de l'avant-propos

Nous nous rencontrons le 15 juillet 2013. J'ai mis une robe bleue dans laquelle j'ai trop chaud. Tout mon corps poisse. Je suis arrivée vingt minutes avant l'heure dite, et j'attends en bas de l'immeuble, devant la porte en verre, en relisant à voix haute la première question que j'ai prévu de lui poser, et qui est trop longue. Je l'ai écrite, comme les suivantes, dans mon carnet. J'articule les syllabes. C'est ce que j'ai appris : prendre le temps, avec chaque mot de cette langue que je me mets dans la tête depuis douze ans. Je ne l'ai pas apprise pour lui. Son oeuvre, je l'ai lue d'abord en français, son premier roman, en 2001 - dans un studio parisien, la nuit -, et j'avais alors ressenti la joie de découvrir un grand texte, avec cette excitation que me donne la littérature qui ne ment pas. Après Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, ce roman qui avait avorté mon existence même pour me rejeter seule et changée à sa page finale, il était devenu pour moi le plus grand écrivain vivant, à vrai dire, le seul écrivain que j'aimais passionnément et que je redoutais de rencontrer, avec mon méchant hongrois et mon exotisme français - mais il vivait à Berlin, inaccessible, pensais-je. Et c'était tout.
Le matin même, j'ai copié les questions dans mon carnet comme une bonne élève. Et devant l'interphone, face aux deux rectangles portant son nom entre lesquels j'hésite, alors que j'attends que s'estompe le vacarme de la circulation sur l'allée Szilágyi Erzsébet, je suis aussi cette bonne élève qui a peur des fautes. Je ne l'ai pas encore compris, mais je suis de ces infantiles dont ses oeuvres parlent. Je suis proche de Köves, ce personnage transformé par la terreur qu'il a mis treize années à créer. Il m'aura fallu autant d'années pour le comprendre. Entre-temps, il y a eu le don d'une oeuvre incarnée.
Je crois bien que c'est Magda qui ouvre la porte, cette première fois sur laquelle se superposent toutes les autres quand, plus tard, je franchirai seule et sans cérémonie le seuil de l'appartement et patienterai devant sa chambre jusqu'à ce que l'une de ses infirmières, le plus souvent Ibolya, me donne le signal d'entrer et que je le trouverai, tantôt assis sur son fauteuil rouge, tantôt allongé sur son lit de jour, tantôt encore appuyé sur son déambulateur, et que je chercherai ses yeux pour deviner l'humeur qui le domine ce jour-là.
Magda Kertész est une femme élégante et assurée. Nous échangeons quelques paroles sur le motif - officiel - de ma présence. Les 4 et 5 octobre suivants aura lieu à Paris un colloque intitulé Imre Kertész : éthique du récit et forme de l'existence, organisé par Lucie Campos, Catherine Coquio et moi-même. Le colloque les honore et les réjouit, mais la santé de son mari ne lui permet plus de voyager, me dit Magda avant de me conduire à travers une chambre dont je ne retiens que les murs de livres latéraux, jusqu'à une petite terrasse qui donne sur une cour entourée d'arbres. Imre Kertész est là, assis dans un fauteuil en osier. Il m'attend courtoisement, et j'ai terriblement peur.
Je ne me rappelle plus ce qu'il porte, car cette première image a été recouverte par celle de notre dernière rencontre, alors que, dans sa robe de chambre tachée et bâillante, il me demande l'une de mes Lucky Strike, et que nous fumons tous les deux en silence - c'est le 17 septembre 2015, et je ne le reverrai plus jamais vivant. J'aurais pu. Le 29 février 2016, Magda m'avait prévenue qu'il ne parlait plus, qu'il dormait le plus clair de son temps, à la maison, qu'on veillait à ce qu'il souffre le moins possible. Mais je voulais finir de lire ses journaux aux archives à Berlin avant de lui poser mes ultimes questions - je m'étais engagée à rendre le manuscrit de ce livre au 15 mai suivant - et c'étaient les questions les plus cruelles que j'eusse à lui poser : je n'en avais pas envie. Je voulais protéger ce livre de lui et lui de ce livre. J'avais dit que je reviendrais à Budapest en avril. J'y reviens le 22, pour ses funérailles.


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