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.. Baïkal-Amour

Couverture du livre Baïkal-Amour

Auteur : Olivier Rolin

Date de saisie : 12/04/2017

Genre : Récits de Voyages

Editeur : Paulsen, Paris, France

Collection : Démarches

Prix : 21.00 €

ISBN : 9782375020128

GENCOD : 9782375020128

Sorti le : 26/01/2017

  • Les présentations des éditeurs : 14/02/2017

Cinq mille kilomètres en train, du coeur du continent sibérien jusqu'aux rives du Pacifique. Cinq mille kilomètres le long de la Grande ligne Baïkal-Amour, l'autre chemin de fer transsibérien, et au-delà du détroit de Tartarie jusqu'à l'île de Sakhaline et au souvenir de Tchékhov, qui y alla visiter le bagne en 1890.
Des villes de pionniers à demi abandonnées dans l'immensité, des vies si humaines qui ne savent plus où elles vont, la mémoire enfouie mais ineffaçable des centaines de milliers de déportés qui construisirent cette ligne et ces villes au prix de leur vie, la grandeur et le malheur, la mélancolie russes...
Il y a tout cela dans ce livre que traverse pourtant, né de l'espace sans bornes, un sentiment de liberté :
«Tout fuit, tout glisse, on se dit qu'on est bien ici, loin de chez soi, libre provisoirement de toute attache, et que c'est pour ça qu'on voyage.»

Né en 1947, Olivier Rolin est un auteur largement traduit. Son oeuvre est constituée d'une vingtaine de romans, dont les très remarqués L'Invention du monde (1993), Port-Soudan (1994, prix Femina) et Tigre en papier (2002, prix France Culture). Il est également auteur de récits de voyage et de nombreux reportages. Il a découvert la Russie en 1986. Depuis, il y est retourné une vingtaine de fois.



  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 13 avril 2017

Sous le présent exténué dont l'écrivain rend compte - l'interminable taïga, les «forêts infinies» de bouleaux ou de cèdres nains, les villes délabrées - affleure un passé tragique : Staline, l'Etat totalitaire, la Grande Guerre patriotique, les persécutions, le goulag, les exécutions. Au total, des millions de vies saccagées qui hantent ce beau et grave récit de voyage, comme chacun des précédents périples russes d'Olivier Rolin.


  • La revue de presse Jean-Claude Raspiengeas - La Croix du 2 mars 2017

Traversant l'immensité de la Russie éternelle, à bord du Baïkal-Amour, Olivier Rolin constate que les traces du Goulag ne s'effacent pas.


  • Les courts extraits de livres : 14/02/2017

Vers le lac Baïkal

Hier, à Saint-Pétersbourg, un grand vent tiède faisait friser l'eau des canaux, très bleue sous le soleil, et voler les robes légères des filles, et claquer les drapeaux qui pavoisaient la perspective Nevski - c'était le 8 mai, la veille du Jour de la Victoire en Russie, et on se serait cru dans un 14 juillet d'autrefois peint par Claude Monet. Ce matin, à Krasnoïarsk, une aube sale, jaunâtre, se lève dans les tourbillons de neige. Grues et chalands enfarinés sur le Ienisseï, et une ville fantôme comme vue au travers d'un verre dépoli. Même pour la Sibérie, ces frimas sont inhabituels, le chauffeur de taxi qui m'a amené de l'aéroport n'avait pas vu cela depuis trente ans. Dans un coin de la salle d'attente de la gare, un assez minable petit buffet offre au voyageur frigorifié du thé brûlant et des pirojki graisseux. Les tables et chaises de plastique publicitaires font contraste avec le lustre monumental et les chapiteaux corinthiens, vestiges des fastes révolus de l'Union soviétique. Le Transsibérien Vladivostok-Moscou fait une entrée majestueuse, ses wagons coiffés d'une crinière blanche. Mon train à moi, le rapide 82 Moscou - Oulan-Oude, sera là à 2 h 42, à 6 h 42 en fait, mais étant donné l'immensité du réseau ferroviaire russe et le nombre de fuseaux qu'il traverse, les horaires sont toujours exprimés en heure de Moscou. C'est l'occasion, pour ceux qui sont portés à l'anxiété (c'est mon cas), de montées soudaines d'adrénaline : on est arrivé en gare avec une confortable avance, mais si on s'était trompé dans le calcul du décalage horaire ?

Enfin là, on ne s'est pas trompé. Le rapide 82 entre en gare à l'heure prévue, totchno. J'aime les trains russes, leurs longs wagons cannelés, gris et rouge, l'espèce de petite coupée qui permet de s'y hisser, le couloir desservant les compartiments, à l'ancienne (il y a beaucoup de choses en Russie qui rappellent les jours d'autrefois, c'est un des charmes discrets de ce pays), l'impeccable blancheur amidonnée de la literie des couchettes, le samovar qui ressemble à un vieux percolateur ; j'aime même leur lenteur, pas plus de soixante kilomètres à l'heure en moyenne, qui permet de se laisser doucement engourdir par la monotonie du paysage. Ils tiennent dans la littérature russe une place bien plus importante que dans la nôtre, il me semble : c'est dans un train que commence L'Idiot et que se déroule le récit de La Sonate à Kreutzer, c'est dans un wagon que Vronsky rencontre Anna Karénine et c'est sous les roues d'un wagon qu'elle mourra, c'est au long d'un interminable voyage en train que le docteur Jivago fait la connaissance de Strelnikov, le mari de Lara ; d'innombrables trains sillonnent les oeuvres de Bounine, de Nabokov ; Tolstoï meurt dans une gare. J'aime les trains russes, et c'est heureux, car je suis au début d'un périple ferroviaire de près de cinq mille kilomètres. Une petite étape sur la voie du Transsibérien, d'abord, jusqu'à Taïchet ; puis les quatre mille trois cent et quelques kilomètres du BAM, la Grande Ligne Baïkal-Amour (Baïkal-Amour Magistral), dont la construction, débutée en 1934, arrêtée par la guerre et les incroyables difficultés rencontrées dans un désert glacé, sur un sol gelé en profondeur, marécageux en été, reprise sporadiquement après 1945, démarra vraiment au milieu des années 1970 pour s'achever à la fin des années 1980. Elle se sépare du Transsibérien à Taïchet, un peu moins de sept cents kilomètres avant Irkoutsk, traverse la Léna, touche le nord du lac Baïkal puis file vers l'est à travers le plateau sibérien, franchit plusieurs chaînes de montagnes, passe le fleuve Amour et débouche sur le détroit de Tartarie joignant la mer d'Okhotsk à la mer du Japon, en face de l'île de Sakhaline (ces précisions un peu casse-pieds à l'intention de ceux qui savent lire les cartes - les autres, lisent-ils des récits de voyage ?).

(...)


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