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.. La disparition d'Heinrich Schlögel

Couverture du livre La disparition d'Heinrich Schlögel

Auteur : Martha Baillie

Traducteur : Paule Noyart

Date de saisie : 21/04/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Jacqueline Chambon, Paris, France

Prix : 22.50 €

ISBN : 9782330075897

GENCOD : 9782330075897

Sorti le : 01/04/2017

  • Les présentations des éditeurs : 21/04/2017

Mais qui est donc Heinrich Schlögel, disparu dans le Grand Nord canadien et qui refait surface à Toronto trente ans plus tard, en apparence inchangé ? C'est ce que va tenter de découvrir la narratrice en collectant, avec une passion obsédante, tout ce qui lui permettra de reconstituer l'histoire de ce jeune Allemand, parti sur les traces du voyageur Samuel Hearne.
Tout à la fois enquête, récit d'exploration, réflexion sur la colonisation d'une nature préservée, sur les pièges et les chausse-trapes de l'espace-temps, ce roman nous entraîne dans un jeu de miroirs où, entre hypothèses et vérités, trouvailles et incertitudes, la réalité de ce monde de l'extrême s'habille de fantastique. D'ailleurs, Heinrich Schlögel n'a-t-il pas été lui-même le jouet de sa soeur Inge, surdouée et asociale, qui, recluse dans ses livres, l'a précipité dans cette extraordinaire et improbable aventure ?
D'une voix envoûtante, presque chamanique, ce roman magnétique poursuit une quête singulière tout en interrogeant la mémoire, les rémanences du passé et les paradoxes de la civilisation.

Martha Baillie est l'auteur de cinq ouvrages publiés au Canada. La Disparition d'Heinrich Schlögel est son premier roman traduit et publié en France.



  • La revue de presse Alice Zéniter - Le Monde du 20 avril 2017

Et c'est redevenue (faussement) invisible que la traduction révèle son extrême qualité : Paule Noyart traduit ce roman, qui bascule de la minutie du travail d'archive à l'extraordinaire fracas des glaciers qui avalent le temps, avec une précision que j'admire. Le texte de Martha Baillie était écrit dans un anglais traversé des fantômes de l'allemand (langue maternelle de Schloëgel et de l'archiviste) et de l'inuktitut. Passé au français, il est un conglomérat de langues dont pourrait résulter une formulation légèrement mais durablement floue. Ce n'est jamais le cas. La beauté concise de certaines phrases arrête net la lecture.


  • Les courts extraits de livres : 21/04/2017

L'oeil nu

Comme tous les êtres vivants, j'ai une mère et un père ; mais je ne les ai jamais vus. Je sais qu'ils se sont rencontrés l'été dernier ; pendant plusieurs jours ils ont volé de concert et aspiré ensemble le suc des mêmes fleurs. Puis ils se sont unis quelques heures. Mon père a pressé le bout pointu de son ventre contre ma mère, et c'est ainsi qu'il a fait glisser quelques graines microscopiques dans son corps - des graines si petites que personne n'aurait pu les voir à l'oeil nu.
Les Animaux et leur famille : le Papillon

Les phrases qu'Heinrich préférait étaient dures comme du sucre d'orge et elles avaient la vie longue. Enfant, il ne lisait pas facilement mais il écoutait et se rappelait - il savourait ce qu'on lui lisait. Ses livres préférés étaient ceux qui décrivaient la vie des animaux. La personne qu'il admirait le plus était sa soeur aînée, Inge.

*

Dans une lettre à une amie datée du 30 octobre 1980 et portant le cachet de Toronto - lettre essentielle dans mes archives -, Inge se rappelle :
Chaque fois que les fermiers pulvérisaient des pesticides sur leurs champs, on envoyait notre servante dans la cour arrière avec un seau d'eau savonneuse et une éponge pour laver ma balançoire afin que je ne sois pas empoisonnée si j allais jouer dehors. Le lendemain, après que les tracteurs étaient partis, traînant derrière eux leur réservoir, je franchissais la grille et traversais la zone sauvage qui, derrière la cour, descendait vers les champs de houblon, où je disparaissais entre les hautes rangées de plants lourdement chargés. Je ramassais les oiseaux morts. Ceux qui venaient tout juste de mourir étaient mous et tièdes dans ma main. Je déposais les corps délicats dans le sac en coton que j'avais pris à la poignée de porte de la cuisine - ce sac que ma mère remplissait chaque mardi, jour de marché, de légumes, de fruits, de saucisses, de fromage et de pain. Tous les deux ou trois mètres, un cadavre gisait à mes pieds. Sur le chemin du retour, j'enterrais les oiseaux dans la zone sauvage, mais avant, je m'asseyais et les empilais à côté de moi pour les examiner, un à un ; j'admirais les couleurs qui reprenaient vie quand je faisais tourner une aile afin qu'elle capte la lumière juste comme il le fallait. La dureté d'un bec et la douceur d'un oeil devenaient miennes ; personne ne pouvait me les prendre. L'ensevelissement se déroulait sans cérémonie. Quand, dans ma hâte, j'avais oublié d'emporter une petite bêche, je creusais la terre avec mes doigts.
Notre servante était une grosse fille de seize ans, elle venait d'une famille pauvre, n'était ni jolie ni instruite, mais elle travaillait dur. J'avais deux ans quand mes parents l'ont engagée pour qu'elle me tienne à l'oeil et aide à la préparation des repas, au nettoyage de la maison et à la lessive. Elle est restée longtemps avec nous. Je devais avoir dans les six ans quand j'ai commencé à ramasser les oiseaux morts dans les champs.
En contrebas des houblonnières, il y avait un endroit que l'on appelait le «petit trou»; c'était là que vivaient les Italiens, et aussi les Turcs. Ils venaient à Tettnang pour récolter le houblon, construire les égouts, et pour exécuter d'autres travaux ardus et déplaisants que les Allemands préféraient éviter. Mes parents m'avaient interdit d'aller dans le «petit trou», et pour être sûrs que j'obéirais, ils m'avaient affirmé que les Italiens et les Turcs mangeaient les hérissons et qu'ils me mangeraient peut-être. Aussi, pour me rendre au château qui se trouvait de l'autre côté de la vallée, je devais prendre le chemin le plus long par les rues de la ville. Sur la place centrale, une pancarte fraîchement peinte disait : TETTNANG VOUS SOUHAITE CORDIALEMENT LA BIENVENUE. Suivaient un bref historique de la ville et un petit texte affirmant que le houblon cultivé dans les champs entourant Tettnang était d'une qualité inégalée dans toute l'Allemagne et peut-être dans le monde :

LE PLUS FIN DES ARÔMES ET UNE AMERTUME DÉLICATE DONNENT À LA BIÈRE UN CARACTÈRE DISTINCTIF QUI REFLÈTE, À CHAQUE GORGÉE, LE PAYSAGE UNIQUE QUI S'ÉTEND ENTRE LA RIVE SEPTENTRIONALE DU LAC DE CONSTANCE ET L'ALLGÄU.

(...)


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