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.. Un diamant brut

Couverture du livre Un diamant brut

Auteur : Yvette Szczupak-Thomas

Date de saisie : 30/04/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Métailié, Paris, France

Prix : 20.00 €

ISBN : 978-2-86424-654-1

GENCOD : 9782864246541

Sorti le : 30/04/2008

  • Les présentations des éditeurs : 21/04/2008

Orpheline, confiée à l'Assistance publique de l'Yonne, Yvette a un destin tout tracé de fille de ferme plus ou moins maltraitée au gré des familles qui l'accueillent. Elle avance dans la vie "comme un chien aveugle suivant une piste, de relent en relent, au coeur de la pestilence du clapier, des remugles de la bauge, des senteurs du fumier", jusqu'à ce beau jour où elle est remarquée par un couple de Parisiens qui, séduits, décident de l'adopter. Les Zervos, éditeurs des Cahiers d'art, plus riches en amis artistes et poètes qu'en or, font entrer dans leur ronde fascinante et bohème ce jeune "diamant brut" qui ne rate pas une seconde des leçons de son ami Pablo Picasso, des belles histoires de Braque ou de celles, plus subtiles, de Paul Éluard caché avec Nusch dans le grenier des Zervos. Puis il y aura, plus tard et moins aimé, l'encombrant René Char. Bref, tout ce monde des arts, de la poésie, des engagements et des mensonges nécessaires qui animent la vie de ces années troubles. Et qui, au gré des circonstances dramatiques de l'Occupation, oscille entre Vézelay et Saint-Germain-des-Prés. La guerre terminée on revient à Paris, là on se parle, on se touche, se jalouse, on vit et couche ensemble, avec quelques sordidités par-ci par-là...
Yvette s'enfuira jusqu'en Israël où elle a écrit ce livre magnifique, à l'écriture percutante et profonde portée par l'inventivité qui fait de cette biographie d'orpheline une oeuvre littéraire rare, absolue révélation tant sur le monde de l'art qu'en littérature.

Yvette Szczupak-Thomas est née en 1929 en Bourgogne. Artiste peintre, elle est morte à Jérusalem en 2003.



  • La revue de presse Astrid de Vergnette-Larminat - Le Figaro du 29 mai 2008

Du jour au lendemain, la petite paysanne se retrouva attablée aux côtés de Picasso, de Braque, d'Éluard, et de beaucoup d'autres qui l'invitaient à participer après dîner à leurs séances d'écriture automatique... Pas moins dépaysée que les deux Persans de Montesquieu débarquant dans le Paris du XVIIIe siècle, elle découvrit, interloquée, le comportement extravagant de ces gens si raffinés dans le domaine de l'art...
Un diamant brut suit le flux de conscience d'une orpheline qui échappe à son destin. On voit comment une fillette armée de sa seule intelligence organise sa résistance intérieure face à l'adversité, comment une enfant idéaliste que la méchanceté des uns a rendue méfiante à l'égard de la gentillesse des autres, se transforme en petite bête ombrageuse...
Un autoportrait saisissant. La définition d'un écrivain.


  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express du 29 mai 2008

Une fascinante brochette que l'adolescente aborde avec toute la fraîcheur des néophytes, décernant les satisfecit et les cartons rouges. Parmi les habitués des banquets intellectuels de Saint-Germain-des-Prés, Pablo Picasso, «le roi, le seigneur, le prophète», occupe une place à part dans le coeur de l'orpheline. Véritable père nourricier, il se révèle généreux - il assurera son éducation artistique - et respectueux - contrairement à certains beaux esprits, qui n'hésitent pas à tenter leur chance auprès de la mineure...
Au-delà de ces découvertes sulfureuses, le témoignage d'Yvette vaut pour ses savoureuses scènes d'anthologie : la bagarre homérique, très commedia dell'arte, entre les Zervos et les Eluard; la signature par Picasso de faux Picasso; le tournage d'un court-métrage poético-artistique de Char dans le Luberon... Autant de pépites pour le lecteur esthète, qui découvre ici bien des faces cachées du beau monde.


  • Les courts extraits de livres : 21/04/2008

... Jadis, et en ceci il faut me croire sur ma seule parole car depuis lors les temps ont changé et on a beaucoup oublié, jadis, à minuit, les océans sortaient de leur lit. Les vagues se hissaient sur le rivage et marchaient à pas lents à l'intérieur des terres. Par flux et reflux, elles baignaient les maisons des hommes et laissaient à chacun du sel en réserve. La mer déposait sur les branches des arbres des guirlandes d'écume; leur jus donnait à l'herbe qui s'en nourrissait goût savoureux et verte couleur. La houle montante détachait les chevaux. Elle les enfourchait et galopait sur leur dos jusqu'aux sommets les plus hauts des plus hautes montagnes, en semant sur leur parcours galets, corail, mollusques et coquillages. C'est vrai : on en trouve encore aujourd'hui, transformés en pierre. Pendant ce temps, nos lutins et nos elfes descendaient dans les profon­deurs. Ils faisaient le ménage dans les dédales à poissons. Ils peignaient et brossaient les algues et remontaient l'horloge des courants marins. Les anguilles, lassées de se traîner sur le ventre dans la poussière de la terre, quittaient nos champs, retournaient à la mer des Sargasses et s'y déguisaient en pieuvres. Au petit matin, leur travail terminé, les terriens chatouillaient en passant les huîtres sous le menton, pour les faire rire et admirer leurs perles. Ceci avait lieu dans les temps anciens. Puis... vint la Malédiction. La mer fut condamnée à rester couchée. Remarque, elle n'a pas perdu la mémoire et, sans avoir de cesse, elle tente de se soulever, de remonter les plages, de s'étirer dans les champs... Depuis ce temps-là, les sirènes vivent là-bas et nous ici.
Maman me raconta cette histoire un jour qu'elle répandait du sel dans un champ à l'herbe rare, sel qui devait aiguiser l'appétit de notre chèvre. Une autre fois, je lui demandai ce qu'était cette belle fourrure poudreuse s'accro­chant aux murs humides, appelée salpêtre. Maman reprit : "Vois-tu, jadis, la mer.
Elle me raconta aussi les voyages - prodigieux et miro­bolants - de la comtesse de Tangrâce, du marquis de Grossouci, du valet de Toubalai, du chien Tournequeue, du chat Catimini, du perroquet "tant-pis-tant-mieux". Un jour, je vous raconterai peut-être leurs aventures. Pour l'instant... la queue du chien fait virer le vent. Quand le vent tourne, le temps change. Le nord glisse vers le sud. La mer prend la place du ciel et, tête en bas, y vogue la galère. Les montagnes se transforment en cristal de sucre. Les anges travaillent dans les champs. Les arbres marchent, les pierres deviennent poissons. La grêle tombe sous forme de plumes. Tout ce qui s'est passé jadis ne commence que demain. Dans tant de tournants, de tournoiements, détournements et retournements, seuls les Bourguignons de Vaux à Petit-Vaux demeurent impassibles... car parmi les Bourguignons, il y a les Huns et les autres.
Maman le disait souvent : les vrais Bourguignons sont venus du fond de l'histoire et des bords de la Vistule. Descendants des Goths - Ostro et Wisi - blonds, trapus, orgueilleux, fantaisistes et fanfarons, ce sont les joyeux enfants de la Bourgogne. Les autres, minces, élancés, déli­cats, ardents, sont noirs de poil, mais hélas aussi de caractère. La légende veut que leurs ancêtres aient appartenu à une compagnie d'élite espagnole envoyée en des pays froids, des Pays-Bas, pour combattre un certain duc des Oranges. Ceci se passait au temps de l'espiègle manant Till Eulenspiegel. Ces magnifiques soldats traversèrent la France à pied. Ayant égaré leur boussole, ils arrivèrent fatigués, uniformes déchirés, bottes trouées, chez nous, oui, en Bourgogne, juste à la belle saison des vendanges... Ah ! Chair juteuse du raisin ! Pulpe chaleureuse des vendangeuses ! Les guerriers prirent les vignes d'assaut, s'y égaillèrent, s'y ragaillardirent, tant et si bien qu'ils refusèrent de faire un pas de plus en avant. Quels que fussent leurs ancêtres, blonds et noirs s'accordèrent au long des siècles sur un point essentiel : la joie de vivre par le jus de la treille.


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